Les dernières rives de lʼOccident

Wed, 30 Aug 2017 15:56:30 +0200

(Qu'AP me pardonne ce détournement.)

Tout y est crépusculaire du soir. On voit le soleil se coucher dans l'eau. Et à cause de l'eau justement, on ne peut plus fuir.

À Lisbonne, le clapotis des vagues sur les quais a cette sonorité de l'inutile : comme l'écho des pas du fuyard lorsqu'il parvient au fond du cul-de-sac.

Lisbonne

C'est le même sentiment qu'on ressent à l'audition des films post-synchronisés dans lesquels le travail de post-synchronisation a su ne retenir que l'essentiel. (Bresson, qui gomme délibérément tous les sons périphériques. Je n'ai jamais été très convaincu par les explications relatives au phrasé si reconnaissable des « acteurs » de Bresson. Je ne pense pas qu'il faille tant chercher du côté de l'artifice intrinsèque de leur élocution ; je crois plus simplement qu'il s'agit d'assurer le contrepoint de la ligne mélodique principale que jouent les sons filtrés à la post-synchronisation. Un contrepoint ne peut pas être écrasant. Les paroles dites doivent pouvoir être entendues.)

À Lisbonne donc, ou à tout autre lieu qui en tiendrait lieu — puisqu'il s'agit de lieux imaginaires —, les bruits sont post-synchronisés et votre conversation s'en ressent. Vous parlez d'amour et votre voix devient celle de Jeanne Moreau – de Delphine Seyrig plutôt – ou de Maria Casarès peut-être.

Et contrairement aux apparences, aux habitudes, il n'y a là nulle contradiction avec la déclamation. Peut-être bien ce qu'on appelait autrefois la récitation.

À la fin, en effet, au ponant, il reste le récitant. La voix qui peut encore dire quelque chose au bout du monde. La voix qui récite ce qui a été appris de toute cette fuite qui mène ici, nulle part, sur les quais de Lisbonne.

(Aussi, la bande son de M le Maudit.)

Friday April 29, 2005 - 11:43pm (CEST)

Argentière, les Rachasses. Février 2012.